Frankfurter Tageszeitung - La fourmi électrique, coûteuse à éradiquer, menace de proliférer en France

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La fourmi électrique, coûteuse à éradiquer, menace de proliférer en France
La fourmi électrique, coûteuse à éradiquer, menace de proliférer en France / Photo: Olivia BUGAULT, Sabrina BLANCHARD - AFP

La fourmi électrique, coûteuse à éradiquer, menace de proliférer en France

Elle est minuscule, mais attaque insectes et plantes. Repérée en France métropolitaine pour la première fois en 2022, la fourmi électrique, espèce exotique invasive, menace d'envahir de nouveaux espaces naturels, faute d'argent suffisant pour l'éradiquer des deux foyers déjà établis.

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À La Croix-Valmer (Var), au bord de la Méditerranée, un lotissement baigné de soleil a été attaqué par la Wasmannia auropunctata, appelée fourmi électrique ou petite fourmi de feu.

Boris Martor y a sa résidence secondaire. À l'été 2023, son fils, alors âgé de cinq ans, se plaint de piqûres. "Il avait des irritations, des cloques, de fortes douleurs...", dues aux très fortes décharges de la petite fourmi d'1,5 millimètre.

Il y a urgence à arrêter l'expansion du minuscule insecte, classé parmi les 100 pires espèces invasives au monde, selon l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae).

Mais les lourdeurs administratives et les restrictions budgétaires en France ralentissent la réponse.

La première super-colonie a été découverte à Toulon, en 2022, à 60 kilomètres de La Croix-Valmer, par Olivier Blight, chercheur à l'Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie à l'université d'Avignon. Il a obtenu un financement public de près de 200.000 euros pour l'éradiquer.

Mais pour les quatre hectares de la Croix-Valmer, "ça bloque", se désole Boris Martor.

En décembre toutefois, après le début de l'enquête de l'AFP, 10.000 euros ont été débloqués pour identifier les lieux de présence de l'animal, "sous l'impulsion du préfet du Var qui a compris l'enjeu de la situation", selon Olivier Blight.

- Très dangereuse -

"La surveillance des voies d'introduction et de dissémination de cette espèce exotique envahissante (...) relève de la pleine responsabilité de l’État", rappelle Laurine Karkidès, directrice adjointe de Fredon Paca, l'opérateur missionné à Toulon via le plan gouvernemental France nation verte.

Elle a en effet été "reconnue comme espèce préoccupante par la Commission européenne", souligne-t-elle.

Car la fourmi électrique est très dangereuse: chez l'homme, outre des piqûres douloureuses, elle peut provoquer des chocs anaphylactiques chez les personnes allergiques. Ses attaques rendent aussi, dans les pays où elle prolifère, des chats et des chiens aveugles.

"La fourmi électrique, c'est des milliards d'euros de dégâts", s'inquiète Éric Hansen, directeur de l'Office français pour la biodiversité dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur: soit "on paye maintenant et on s'en sort à moindre coût, soit on ne fait rien et ça va revenir très cher".

Dans la résidence de Toulon, souligne Olivier Blight, elle a décimé les autres fourmis, et les arthropodes "déclinent fortement".

À La Croix-Valmer, elles s'en prend "aux mouches, aux nids d'oiseaux, et rien ne survit à (son) passage", remarque Boris Martor.

Ce deuxième foyer est d'autant plus préoccupant qu'il est deux fois plus grand que celui de Toulon, et situé "en bordure de forêt".

- "Bouleverser nos écosystèmes" -

"Son arrivée peut bouleverser l'ensemble de nos écosystèmes", avait averti en 2024 l'OFB Paca dans une lettre au directeur général de l'organisme, consultée par l'AFP.

Originaire d'Amérique du Sud, la fourmi électrique a envahi l'Afrique centrale après avoir été introduite au Gabon dans les années 1920 pour lutter contre des insectes ravageurs. Elle a aussi occasionné des centaines de millions de dollars de dégâts au Texas, dans les cultures.

Les fourmis des deux foyers du Var, probablement arrivées en France lors d'une importation de plantes, sont issues d'une même souche israélienne, "plus résistante au froid que la souche initiale", d'origine tropicale, selon l'OFB Paca.

Dans l'équipe réduite d'Olivier Blight, Luc Gomel, ingénieur agronome à Montpellier, a pour mission de trouver quel traitement pourra en venir à bout. Problème: ceux commercialisés en France pour les fourmis classiques, qui aiment le sucré, ne sont pas du goût de la petite Wasmannia.

Les chercheurs se sont rabattus sur un produit importé d'Australie, le Campaign, autorisé seulement par dérogation pour un site et une période précise, en plaçant des granulés dans des boîtes pour appâter les fourmis. Mais lors d'essais au printemps dernier à Toulon, beaucoup ont évité les boîtes.

- Saupoudrage -

Seule solution, assure Luc Gomel: faire comme les Australiens et les Hawaïens: saupoudrer le produit.

Or, cette méthode nécessite une nouvelle dérogation. En urgence, pour pouvoir entamer le traitement dès que la petite fourmi sortira d'hivernation, au plus tard début mai.

Le ministère de la Transition écologique assure à l'AFP que "des expertises sont en cours", notamment sur les "risques toxicologiques".

Et prévient que ces produits ne garantiront pas l'éradication, car les fourmis sont principalement disséminées par les déchets végétaux ou les plantes en pot.

D'autant plus, dans un "contexte budgétaire des plus restreints".

Luc Gomel s'inquiète: "Ça ne sert à rien de l'éradiquer à Toulon si on la laisse prospérer à La Croix-Valmer".

Le fonds vert du gouvernement, sollicité jusqu'à présent, étant raboté dans le projet de budget 2026, les scientifiques se tournent vers l'Europe pour tenter de décrocher le financement d'un an de traitement.

Cependant, pour éradiquer la fourmi, "il faut trois ans au moins", souligne Olivier Blight.

X.Schmitz--FFMTZ