Netanyahu, l'indéboulonnable Premier ministre qui se bat pour sa survie politique
Chef de gouvernement à la longévité inégalée dans l'histoire d'Israël, Benjamin Netanyahu joue sa survie politique lors des législatives de mardi, cherchant à convaincre les électeurs que lui seul peut garantir leur sécurité malgré le 7-Octobre.
A 77 ans, "Bibi", tel qu'il est surnommé, a exercé les fonctions de Premier ministre plus de 19 ans, construisant sa carrière sur une image de "Monsieur Sécurité", largement écornée par l'attaque sans précédent du Hamas palestinien le 7 octobre 2023.
Pour faire oublier cet échec sécuritaire qui lui vaut de vives critiques, notamment de son principal rival Gadi Eisenkot, Benjamin Netanyahu a joué pendant la campagne la carte du moi ou le chaos, multipliant les propos alarmistes et se posant comme le seul à même de garantir la survie d'Israël.
Vendredi, à quatre jours des élections, il s'est immédiatement rendu sur les lieux d'une attaque qui a coûté la vie à deux soldats israéliens en Cisjordanie occupée, promettant la plus grande opération militaire dans ce territoire palestinien "depuis la guerre des Six-Jours" en 1967.
Un potentiel front de plus, alors que depuis l'attaque du 7-Octobre, M. Netanyahu a engagé son pays dans des guerres contre le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban et la République islamique en Iran, où les États-Unis se sont joints à Israël.
La bataille électorale s'annonçant très serrée, Benjamin Netanyahu a aussi médiatisé le soutien de Donald Trump, le "plus grand ami qu'Israël ait jamais eu" à la Maison-Blanche selon lui, affichant son aisance avec les puissants de ce monde face à M. Eisenkot, novice en politique.
- "État juif" -
Sa campagne électorale tient essentiellement en un slogan, visible sur des affiches dans tout le pays: "soit la droite, soit la Palestine". Il n'a cessé d'imputer à ses rivaux centristes, qui démentent, l'intention de créer un État palestinien, un projet auquel s'opposent la majorité des Israéliens.
De quoi tenter de faire oublier qu'il fait face à un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale pour des accusations de crimes de guerre et crimes contre l'humanité dans la bande de Gaza, ainsi qu'à un procès pour corruption.
Né à Tel-Aviv le 21 octobre 1949, Benjamin Netanyahu a hérité d'un bagage idéologique radical de son père Benzion, ex-assistant de Zeev Jabotinsky, leader de la tendance sioniste dite "révisionniste" et favorable à un "Grand Israël" - qui s'étendrait bien au-delà des frontières actuelles.
A l'opposé du processus de paix israélo-palestinien des années 1990, qu'il a contribué à enterrer, M. Netanyahu prône une vision d'Israël comme un "État juif" s'étendant jusqu'à la Jordanie. Il se dit pour l'annexion de larges parties de la Cisjordanie occupée, et y a encouragé l'expansion massive des colonies.
Au tournant des années 1970, il effectue son service militaire dans un commando d'élite. Le drame de sa vie survient lorsque son frère aîné, Yonatan, est tué en menant l'opération de libération des otages d'Entebbe, en Ouganda, en 1976.
"Lorsque j'ai appris la mort de Yoni, j'ai eu le sentiment que ma vie s'était arrêtée", écrira-t-il plus tard.
Élevé en partie aux États-Unis et diplômé du Massachusetts Institute of Technology (MIT), il est rapidement devenu l'un des porte-parole les plus efficaces d'Israël à l'international, aussi à l'aise sur les plateaux de télévision américains que dans les couloirs des Nations unies.
- "Sème la haine" -
Élu au Parlement en 1988, il prend la tête du Likoud (droite) en 1993 avant de devenir, trois ans plus tard, à 46 ans, le plus jeune Premier ministre de l'histoire du pays.
Il a été chef du gouvernement de 1996 à 1999, puis de 2009 à 2021, avant d'entamer son troisième mandat fin 2022.
Pendant des années, il a soutenu que la sécurité d'Israël reposait sur la puissance militaire, la supériorité du renseignement et la dissuasion.
L'attaque du 7-Octobre a révélé sur ces trois plans de graves défaillances. Et à mesure que la guerre à Gaza s'éternisait, Benjamin Netanyahu a présenté le conflit sous un angle de plus en plus existentialiste: une lutte non plus juste pour "éliminer le Hamas", mais destinée à briser l'influence régionale de l'Iran, l'ennemi juré d'Israël.
"Nous avons changé le Moyen-Orient", a-t-il martelé ces derniers mois, échouant cependant à faire tomber la République islamique comme il l'avait souhaité.
S'il demeure populaire dans une grande partie de l'électorat, il est pour l'heure donné incapable de former un gouvernement, selon les derniers sondages.
Et nombreux sont ceux à vouloir voir son règne s'achever.
"Netanyahu se bat pour sa survie", estime Gadi Eisenkot. "Il sème la haine, la peur, et présente ses rivaux comme des ennemis d'Israël".
X.Schmitz--FFMTZ