Un ex-chef du renseignement extérieur allemand arrêté pour espionnage et trahison
Un ancien chef du renseignement extérieur allemand (BND), August Hanning, et un autre ex-haut responsable de ce service ont été arrêtés mardi pour espionnage, selon le parquet fédéral allemand, une affaire embarrassante dans un pays qui cherche justement à muscler ses services de sécurité.
L'ancien directeur de cabinet de M. Hanning, Manfred D., qui était au BND jusqu'en mars 2026 et a servi d'autres patrons du renseignement, y compris l'actuel, est suspecté d'avoir transmis, moyennant finance, des documents secrets à son ex-chef, devenu consultant dans le privé.
Si le communiqué du parquet ne précise pas quels pays étrangers ont pu bénéficier de ces informations, l'affaire porte un coup au renseignement allemand, qui cherche à gagner en capacité d'action face à la menace croissante, selon Berlin, que représente la Russie avec ses activités d'espionnage et de sabotage.
Ce n'est cependant pas Moscou qui aurait bénéficié des activités des deux suspects, selon des informations obtenues par l'AFP.
La télévision publique allemande affirme, elle, que "les documents seraient des rapports hautement sensibles, concernant le programme nucléaire iranien ou encore l'armée russe".
- Haute trahison -
"Hanning est fortement soupçonné d'espionnage constitutif de trahison, (...) de collecte de renseignements relevant du secret d'État (...), de tentative de haute trahison (...) ainsi que d'activités d'agent pour le compte d'un service de renseignement" étranger, a indiqué le parquet au sujet de l'homme de 80 ans qui a dirigé le BND (1998-2005) et fut secrétaire d'État au ministère de l'Intérieur (2005-2009).
"Les deux suspects seraient convenu, vraisemblablement au printemps 2010, que Manfred D. fournirait régulièrement à Hanning, contre rémunération, de précieuses informations provenant du BND. Hanning devait pouvoir exploiter ces informations à des fins lucratives dans le cadre de son activité de consultant privé", poursuit le parquet.
Selon cette source, quelque 2.000 documents ont ainsi été transmis au moins jusqu'en juin 2022.
L'actuel patron du BND, Martin Jäger, sous les ordres duquel Manfred D. a travaillé jusqu'en mars 2026, a déclaré au quotidien régional Rheinische Post qu'il ne ferait "aucun compromis s'agissant de la sécurité interne", se refusant à tout autre commentaire du fait de l'enquête en cours.
Un juge doit décider d'un éventuel placement en détention des deux hommes arrêtés au cours d'opérations en Rhénanie et en Bavière. Le magazine der Spiegel a diffusé sur son site des images de M. Hanning encadré par des policiers cagoulés.
Le président de la commission parlementaire chargée du contrôle des services de sécurité allemands a salué, auprès de l'AFP, le travail des enquêteurs.
"Quiconque s'allie aux ennemis de notre démocratie libérale sera découvert. Nous ne tolérerons aucune trahison de secrets", a commenté Marc Henrichmann, député du parti conservateur CDU du chancelier Friedrich Merz.
Son collègue Konstantin von Notz, élu des Verts, a lui réclamé un audit des fuites orchestrées par les suspects.
- Évaluer les dégâts -
"Les éventuels dommages causés en matière de renseignement doivent eux aussi être évalués et élucidés sans délai et de manière exhaustive", a estimé ce vice-président de la commission de contrôle.
Cet influent élu d'opposition s'emporte également que des personne ayant eu accès à des secrets d’État puissent se reconvertir dans le privé, usant de leurs accès et réseaux pour s'enrichir, potentiellement rémunérées par des adversaires de l'Allemagne.
"Nous avons à de nombreuses reprises alerté le gouvernement allemand sur cette évolution extrêmement problématique. De telles pratiques constituent manifestement aussi une porte d’entrée pour les services de renseignement adverses", a-t-il dit à l'AFP.
Selon le communiqué du parquet, M. Hanning aurait notamment utilisé des contenus classés secrets pour rédiger une analyse pour un "officier d'un service renseignement étranger". En outre, il aurait été "en contact étroit avec un représentant d'un autre service de renseignement étranger".
L'enquête visant l'ex-chef du BND avait été lancée après des perquisitions dans le cadre d'une autre affaire, rocambolesque, où il est soupçonné d'avoir aidé l'héritière d'une célèbre chaîne allemande de restaurants, Christina Block, jugée pour avoir organisé l'enlèvement de deux de ses propres enfants pour les soustraire à son ex-mari.
F.Peters--FFMTZ