Attentats de 2019 au Sri Lanka: 220 ans de prison pour 15 condamnés
La Haute Cour du Sri Lanka a condamné mardi à 220 ans de prison 15 hommes reconnus coupables des attentats du dimanche de Pâques 2019, qui ont fait 279 morts, dont 45 étrangers.
Quatorze des accusés avaient été reconnus coupables de tous les chefs d'accusation, un quinzième homme d'une partie d'entre eux. Tous ont été condamnés à 220 ans de prison chacun. Neuf autres ont été acquittés.
Leur procès a duré cinq ans. Ces 24 hommes, appartenant à la minorité musulmane du Sri Lanka, avaient été arrêtés peu après les attaques les plus meurtrières qu'a connu ce pays contre des civils.
Ils étaient accusés d'avoir aidé les huit "kamikazes" qui, le 21 avril 2019, avaient semé la terreur dans l'île en se faisant exploser dans trois églises et autant d'hôtels de luxe.
La police avait aussitôt attribué ces attaques-suicides à un mouvement jihadiste qui avait prêté allégeance au groupe Etat islamique (EI).
Mais au fil de l'enquête, l'Eglise catholique, la presse et plusieurs témoins ont mis en cause les services de renseignement, accusés d'un complot visant à semer le chaos sur l'île pour favoriser l'élection de Gotabaya Rajapaksa à la présidence.
Un peu plus tôt mardi, la Haute cour de Colombo avait reconnu 14 des 24 accusés coupables d'avoir directement pris part aux attaques.
Tous étaient poursuivis pour meurtres, tentatives de meurtre et complicité de meurtres en relation avec une entreprise terroriste, détention d'armes et d'explosifs, des crimes passibles de la peine capitale.
Si la peine de mort est toujours en vigueur dans son code pénal, le Sri Lanka a suspendu de fait depuis 1976 toutes les exécutions, généralement commuées en réclusion criminelle à perpétuité.
- Obtenir justice -
Rassemblées depuis le début de l'audience mardi matin autour du tribunal, placé sous haute protection policière, des dizaines de proches avaient accueilli avec satisfaction le verdict de culpabilité.
L'Eglise catholique du Sri Lanka a aussi salué les condamnations. "Enfin, nous obtenons justice", a déclaré le prêtre Jude Fernando à l'AFP. "La route a été longue. C'est ce que les familles des victimes et les survivants attendaient."
"Il a fallu beaucoup de temps pour en arriver là", a ajouté Teresa Fernando, une rescapée qui avait été blessée à la tête. "Nous sommes venus ici aujourd'hui en tant que victimes de cette attaque pour obtenir justice", a-t-elle souligné.
Pendant le procès, l'accusation a présenté Mohamed Naufar comme l'un des organisateurs des attaques. A l'audience, il a, ainsi que les autres accusés, démenti toute participation.
Trois des accusés ont parallèlement été inculpés pour actes de terrorisme par le département américain de la Justice devant un tribunal fédéral de Californie.
Cinq Américains sont morts dans les attentats, dont un employé du département américain du Commerce alors en mission officielle à Colombo.
Parmi les autres étrangers tués figurent des citoyens d'Australie, du Bangladesh, de Chine, du Danemark, d'Espagne, de Grande-Bretagne, d'Inde, du Japon, des Pays-Bas, du Portugal, de Suède, de Suisse et de Turquie.
Au-delà de ce procès, l'enquête sur les attentats de Pâques 2019 a connu un développement spectaculaire en février, avec l'incarcération d'un ex-officier des services de renseignement, le général en retraite Suresh Sallay.
- Semer le chaos -
Le ministre de la Sécurité publique, Ananda Wijepala, l'avait présenté devant le Parlement comme le véritable "cerveau" des attentats.
Soupçonné d'avoir bénéficié du complot, l'ancien chef de l'Etat (2019-2022) Gotabaya Rajapaksa n'a pas été formellement mis en cause. Mais la justice lui a interdit de quitter le pays.
Selon des pièces du dossier, l'attentat visait à créer le chaos avant la présidentielle et à faire de M. Rajapaksa, ex-ministre de la Défense loué par ses partisans pour avoir vaincu la rébellion tamoule (1983-2009), le seul capable de rétablir la sécurité.
Membre d'une longue dynastie politique, il a vigoureusement nié toute implication.
Dans un procès connexe, l'ancien chef de la police et l'ex-secrétaire général du ministère de la Défense ont été condamnés à mort en juillet dernier pour avoir failli à empêcher ces attentats.
Z.Meier--FFMTZ