Le Pakistan lance son attaque la plus meurtrière contre l'Afghanistan depuis des mois
Le Pakistan a lancé lundi son attaque la plus meurtrière contre l'Afghanistan depuis des mois, faisant une trentaine de morts dans l'est du pays.
Le gouvernement taliban a fait état de victimes civiles, tandis qu'Islamabad a précisé avoir ciblé une faction des talibans pakistanais et tué des dizaines de combattants.
Le ministre pakistanais de l'Information, Attaullah Tarar, a indiqué que "trois cibles situées dans les provinces de Paktia, Paktika et Kunar ont été détruites lors de frappes de précision" dans la nuit de dimanche à lundi, faisant référence à trois provinces de l'est de l'Afghanistan et précisant que ces frappes et des opérations terrestres avaient tué 29 combattants.
Il a précisé que l'offensive comprenait également des opérations terrestres dans les régions frontalières et visait le Jamaat-ul-Ahrar, une faction plus radicale, tantôt affiliée tantôt dissidente, des talibans pakistanais du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), dont les attaques se sont multipliées ces dernières années au Pakistan.
M. Tarar a indiqué que ces opérations faisaient suite à une attaque menée samedi soir contre un camp de la force paramilitaire des Rangers pakistanais à Karachi (sud), ainsi qu'à de récents incidents dans les provinces frontalières. Des explosifs ont été déclenchés et des hommes armés ont ouvert le feu à l'intérieur du camp lors de cette attaque, l'une des pires depuis des années dans la ville la plus peuplée du Pakistan. Trois membres du personnel paramilitaire ont été tués et un Afghan impliqué dans l'attaque a été arrêté, selon les autorités.
Le porte-parole adjoint du gouvernement afghan, Hamdullah Fitrat, a indiqué que "les attaques menées hier soir ont entraîné le martyre de 36 civils, dont des femmes et des enfants, tandis que 163 autres personnes ont été blessées".
Un habitant de la province de Paktia, Adam Khan, a déclaré qu'il "ne peut pas exprimer avec des mots l'état des enfants que j'ai vus à l'hôpital, ou les cris de leurs parents et frères et sœurs".
Ceux qui ont été tués "étaient des civils innocents, y compris des enfants, des personnes âgées et des femmes" endormis dans une maison du district de Tsamkani, a déclaré à l'AFP cet homme de 63 ans.
Dans la province voisine de Paktika, le chef de la communauté Amin Mangal a déclaré à l'AFP qu'une frappe pakistanaise sur une maison avait tué six personnes. "Ils étaient très pauvres et impuissants, n'avaient pas d'homme au travail dans la maison, et vivaient de la charité", a déclaré M. Mangal.
L'opération pakistanaise le long de la frontière est la plus meurtrière depuis mars, lorsqu'une attaque contre un centre de traitement de la toxicomanie à Kaboul a fait des centaines de morts selon les Nations Unies.
- Relations envenimées -
Dans les capitales des deux pays, les ministères des Affaires étrangères ont convoqué les diplomates de l'autre pays au sujet des attaques dans la zone frontalière de l'Afghanistan et à Karachi.
À Tsamkani, des centaines de personnes en deuil se sont rassemblées devant les lits funéraires de certaines des personnes tuées.
Le Pakistan accuse l'Afghanistan d'accueillir des combattants du mouvement des talibans pakistanais (TTP) qui ont revendiqué des attaques meurtrières au Pakistan, ce que les autorités afghanes démentent et affirment que les opérations pakistanaises ont causé un lourd bilan civil.
Les affrontements sporadiques se sont transformés en guerre ouverte fin février, le Pakistan menant des bombardements aériens y compris sur Kaboul. Ce conflit a vu les deux armées s'engager dans de violents combats le long de la frontière, ainsi que des frappes aériennes pakistanaises sans précédent sur des villes afghanes, y compris la capitale et Kandahar (sud), où est basé le chef suprême des talibans afghans.
Au moins 372 civils afghans avaient été tués et des dizaines de milliers de personnes déplacées dans ces violences entre le 1er janvier et le 31 mars, selon un rapport de l'ONU publié mi-mai.
Le Pakistan affirme que ses forces utilisent un "ciblage précis" pour viser les repaires de militants et les réserves d'armes, en particulier ceux du TTP qui mène une violente campagne contre le Pakistan depuis des années.
Les efforts de médiation menés par plusieurs pays, dont la Chine, n'ont pas permis de parvenir à une solution durable entre les deux pays voisins.
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V.Lange--FFMTZ