Audiovisuel public: accusé de trop s'enrichir, Nagui se défend bec et ongles à l'Assemblée
Nagui, l'un des animateurs les plus prolifiques de la télé, a mis en avant le succès de ses émissions et s'est défendu devant les députés de s'enrichir aux dépens de France Télévisions, lors d'une audition tendue où il a accusé le rapporteur de la commission sur l'audiovisuel public de l'avoir "jeté en pâture".
Pendant plus de trois heures, cette séance attendue de questions-réponses entre l'un des visages les plus populaires du PAF, cocréateur de "Taratata", et les parlementaires a viré à la passe d'armes avec le député ciottiste Charles Alloncle, qui l'avait mis en cause sur sa rémunération.
"Je pense, je vais parler au conditionnel, que Nagui est la personne, sur les dix dernières années en France, qui s'est le plus enrichie sur l'argent public. (...) Ça se compte en centaine de millions" d'euros, avait pointé le rapporteur de la commission d'enquête sur la "neutralité" et le "financement" de l'audiovisuel public, lors d'un entretien aux "Incorrectibles" sur YouTube fin 2025.
L'animateur de 64 ans a confirmé avoir déposé plainte pour cyberharcèlement contre X, comme l'a révélé cette semaine le Nouvel Obs.
- "Vous créez du buzz" -
"Je ne sais pas à quoi vous vous attendiez (...) en me jetant en pâture comme ça, sans aucune preuve", a-t-il insisté, alors que le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), tentait d'apaiser les échanges.
Dans ce climat tendu, le député UDR, allié du RN, a immédiatement répliqué en disant être lui aussi victime de "menaces de mort" à cause de la réponse qu'avait publiée Nagui sur les réseaux sociaux.
Passé ce préambule, l'audition a essentiellement porté sur les revenus de Nagui -il ne les a pas révélés- et les conditions dans lesquelles il produit des émissions pour France Télévisions, notamment l'indéboulonnable jeu quotidien de la fin d'après-midi "N'oubliez pas les paroles" (France 2).
Après avoir rappelé que son nom avait été associé au scandale des animateurs-producteurs dans les années 1990, Charles Alloncle s'est appuyé sur un article de Mediapart en 2020, qui révélait un contrat de 100 millions d'euros payés par France Télévisions auprès de la société de l'animateur, Air Productions, pour produire des émissions pendant trois ans, dont "N'oubliez pas les paroles" et "Taratata".
"Vous créez du buzz en confondant chiffre d'affaires et bénéfices. (...) Vous balancez des chiffres qui sont des volumes, des chiffres d'affaires", a tenté de couper court Nagui, en réfutant tout soupçon de "favoritisme" et en rappelant qu'il était un "salarié" de Banijay, le géant de l'audiovisuel qui a racheté Air Productions en 2008.
- "Salaire des Français" -
"Vous percevez 2.500 euros par émission" (de "N'oubliez pas les paroles"), "ce qui est plus que le salaire médian des Français. Donc, vous gagnez en 30 minutes d'émission plus que le salaire médian mensuel des Français", a insisté Charles Alloncle.
"Regardez les prix des autres animateurs, d'autres émissions", a répliqué Nagui, en faisant valoir que les émissions produites par Banijay "font vivre la vie économique" et rapportent en impôts à l'Etat. Tout en accordant des vertus patrimoniales à "N'oubliez pas les paroles": "On joue avec la chanson française, avec les textes, avec l'orthographe".
Outre ses activités de producteur et d'animateur, Nagui est aussi salarié de France Inter pour l'émission quotidienne "La Bande Originale": sans donner de chiffres, il a assuré que sa rémunération y était dix fois inférieure à celle qu'il touchait sur RTL, dans le privé.
L'animateur a ensuite été mis en cause par des députés RN, dont le parti prône la privatisation de l'audiovisuel public, pour ses prises de positions contre l'extrême droite. Nagui a assumé d'avoir soutenu le "front républicain", en assurant n'avoir jamais donné de consignes de vote pour un candidat à l'antenne.
Le natif d'Alexandrie en Egypte a rappelé avoir été "un enfant accueilli par un pays à l'âge de quatre ans", et "qui est reconnaissant de l'accueil de ce pays".
A.Lehmann--FFMTZ