Lyhanna: le rapport d'inspection pointe "une perte de temps" et "une absence de suivi"
"L'urgence n'a pas été prise en compte". Les rapporteurs de la mission d'inspection ont pointé lundi une série de dysfonctionnements de la part du parquet et de la gendarmerie du Gers dans le traitement de l'affaire de la jeune Lyhanna.
Rédigé par les services de l'inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) et celle de la justice (IGJ), le rapport, réalisé à partir d'une trentaine d'entretiens, a été remis en fin de matinée à Sébastien Lecornu à Matignon.
Il pointe "un cumul de pertes de temps et une absence de suivi de procédure, tant de la part du parquet que de la gendarmerie à l'arrivée de la procédure au parquet d'Auch", a déclaré le chef de l'IGJ Stéphane Nöel devant la presse à l'issue de sa rencontre avec le Premier ministre.
En cause, le délai écoulé dans la prise en charge de la plainte déposée en août 2025 par la mère de Rosa, une enfant de 10 ans qui accuse Jérôme Barella de l'avoir violée à plusieurs reprises. Une affaire pour laquelle il n'a jamais été entendu alors que la procédure avait fait deux fois la navette entre la Haute-Garonne et le Gers.
Cette plainte n'a "pas été traitée comme une procédure prioritaire": "le caractère sensible de la procédure n'a pas été relayé, la procédure n'a pas été orientée vers le bon service de gendarmerie, retardant son traitement", a détaillé Stéphane Nöel.
Il met aussi en avant "une absence de prise en compte suffisante de l'urgence" au regard du profil de Jérôme Barella, qui faisait déjà l'objet de plusieurs plaintes pour agressions sexuelles et viols sur des enfants.
Face au tollé que suscitent le viol et la mort de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, le rapport sera "publié anonymisé dans le courant de l'après-midi", a fait savoir l'entourage du garde des Sceaux Gérald Darmanin.
Et il sera complété par de nouvelles investigations concernant les autres plaintes qui visaient Jérôme Barella.
- Possibles sanctions -
Ces enquêtes pourraient aboutir à de possibles sanctions.
"Lorsque des fautes professionnelles sont établies (...) personne ne comprendrait qu'elles ne soient pas sanctionnées", a souligné Gérald Darmanin dans un courrier adressé la semaine dernière aux quelque 10.000 magistrats, tout en rappelant son "attachement viscéral" à leur indépendance.
Il s'était attiré les foudres de nombre d'entre eux pour avoir pointé des dysfonctionnements individuels dès les premières heures, sans attendre les conclusions de la mission d'inspection.
Fragilisé par cette affaire qui a entraîné des appels à sa démission de LFI au RN en passant par le PS, le garde des Sceaux répète ne pas porter de responsabilité politique, affirmant qu'au contraire, ses directives de prioriser le traitement des dossiers d'atteintes aux personnes - notamment la pédocriminalité - n'ont pas été pleinement appliquées. Les syndicats de magistrats pointent, eux, une avalanche de priorités et un manque criant de moyens.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez tente aussi de déminer. Il a apporté sa "confiance" à l'ensemble des enquêteurs de la police et de la gendarmerie, ajoutant qu'il "veillerait" à ce que ce dossier "ne jette pas le discrédit sur le travail colossal" déjà mené.
La mort de Lyhanna continue de nourrir une série de mobilisations pour réclamer une meilleure protection des victimes de violences sexuelles et sexistes. De nouveaux rassemblements sont prévus lundi devant plusieurs tribunaux.
La colère des familles n'est pas non plus retombée. L'une d'entre elles va déposer plainte contre l'Etat pour "faute lourde" et saisir la Cour de Justice de la République contre Gérald Darmanin.
- "Situation intenable" -
Et, à un an de la présidentielle, les responsables politiques y vont de leurs propositions. De la castration chimique obligatoire pour Bruno Retailleau (LR) à de nouveaux crédits pour la justice à gauche.
"Si on en reste à des réponses individuelles, en désignant un ou deux boucs émissaires sans prendre à bras le corps ce fléau (...) on sera passé absolument à côté du sujet", a estimé dimanche le coordinateur de LFI Manuel Bompard.
Il y a "peut-être" des responsabilités individuelles, mais les métiers de la justice sont "dans une situation intenable", a commenté la patronne des Ecologistes Marine Tondelier, Sébastien Chenu (RN) déplorant, lui, que "Gérald Darmanin soit toujours en place".
L'exécutif est sous pression pour qu'un texte vienne répondre à l'urgence: une loi dite "intégrale" de 78 articles portée par une centaine de députés de la gauche et de la coalition gouvernementale.
La présidente de l'Assemblée nationale a appelé le gouvernement à l'inscrire à l'agenda parlementaire à la rentrée, mais Sébastien Lecornu a dit s'attacher davantage à une réponse globale qu'à une nouvelle loi.
Z.Meier--FFMTZ