MSF dénonce une "crise de malnutrition artificielle" entretenue par Israël à Gaza
Médecins sans frontières (MSF) accuse jeudi Israël d'avoir délibérément restreint l'accès à la nourriture et à l'aide humanitaire à Gaza, provoquant une "crise de malnutrition artificielle" aux conséquences particulièrement dévastatrices pour les nourrissons et les femmes enceintes et allaitantes.
Selon l'ONG internationale, une analyse de la situation entre fin 2024 et début 2026 dans quatre établissements de santé qu'elle soutient dans la bande de Gaza révèle des taux nettement plus élevés de prématurité et de mortalité chez les nourrissons nés de mères souffrant de malnutrition, et des pics de fausses couches.
Dans son analyse, MSF établit un lien entre ces constats et le blocus israélien ainsi que les attaques contre les infrastructures civiles, y compris les établissements médicaux.
"L'insécurité, les déplacements de population, les restrictions sur l'aide humanitaire et l'accès limité à la nourriture et aux soins médicaux ont eu des conséquences dévastatrices sur la santé maternelle et néonatale", affirme l'organisation dans un communiqué.
Et la situation demeure "extrêmement fragile", malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis octobre dernier, après deux ans de conflit dévastateur, ajoute MSF, appelant Israël à autoriser immédiatement l'entrée sans entrave de l'aide à Gaza.
Sur place, "la crise de malnutrition est entièrement provoquée", dit Merce Rocaspana, référente médicale de MSF pour les urgences, citée dans le communiqué.
Avant que la guerre n'éclate dans le territoire palestinien à la suite de l'attaque sans précédent menée par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023, "la malnutrition à Gaza était pratiquement inexistante", souligne-t-elle.
- Le GHF pointé du doigt -
Selon l'ONG, qui a recueilli des données auprès de plus de 200 mères et nouveau-nés pris en charge dans les unités de soins intensifs néonatals des hôpitaux de Khan Younes (sud) et de la ville de Gaza entre juin 2025 et janvier 2026, plus de la moitié des femmes ont souffert de malnutrition à un moment ou à un autre de leur grossesse, et un quart d'entre elles demeuraient en situation de malnutrition au moment de l'accouchement.
En conséquence, 90% des bébés nés de mères souffrant de malnutrition étaient prématurés et 84% présentaient un faible poids à la naissance, selon l'analyse.
Et "la mortalité néonatale était deux fois plus élevée chez les nourrissons nés de mères souffrant de malnutrition que chez ceux nés de mères ne souffrant pas de malnutrition", relève MSF.
L'ONG humanitaire a également examiné les données concernant 513 nourrissons de moins de six mois admis dans des programmes de nutrition thérapeutique ambulatoires à Khan Younès, entre octobre 2024 et décembre 2025 : parmi eux, "91% présentaient un risque de retard de croissance et de développement".
Entre janvier 2024, date à laquelle les premiers cas de malnutrition infantile ont été signalés à Gaza, et février 2026, MSF déclare avoir admis 4.176 enfants de moins de 15 ans (dont 97% avaient moins de cinq ans) dans des programmes de prise en charge de la malnutrition aiguë.
Au cours de la même période, 3.336 femmes enceintes et allaitantes ont été prises en charge dans le cadre de programmes ambulatoires, précise le rapport.
L'analyse pointe également du doigt la Gaza Humanitarian Foundation (GHF) -organisme privé soutenu par les États-Unis et Israël- créée l'année dernière pour se substituer en matière humanitaire à l'ONU et aux ONG, avant d'être dissoute en novembre dernier.
À l'arrivée de la GHF en mai 2025, MSF souligne que le nombre de points de distribution alimentaire à Gaza est passé d'environ 400 à quatre. Ces points de distribution alimentaire étaient "militarisés et mortels", rappelle Jose Mas, chef de l'unité d'urgence de MSF.
Pendant cette période, ajoute MSF, les structures qu'elle soutenait à Gaza avaient constaté "une forte augmentation du nombre de patients venant se faire soigner en raison des violences perpétrées aux points de distribution alimentaire et de la malnutrition liée à la privation de nourriture".
V.Lange--FFMTZ