Pour Chappatte, le dessin de presse est un "baromètre" de la liberté
Pour le célèbre dessinateur de presse suisse Patrick Chappatte, les caricaturistes se trouvent en première ligne de la résistance aux ennemis de la démocratie, faisant de leur situation un véritable "baromètre" de la liberté de la presse dans le monde.
"Si vous voulez connaître l'état d'une démocratie dans n'importe quel Etat, il suffit de regarder comment on traite les satiristes, les caricaturistes (...). C'est un baromètre, le dessin de presse", assure lundi à l'AFP le dessinateur, collaborateur de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, du quotidien suisse Le Temps, et ancien dessinateur du New York Times.
"Pour la première fois, plus de la moitié des pays du monde sont en situation difficile ou très grave sur le plan de la liberté de la presse, selon Reporters sans Frontières. Le dessin de presse accompagne ce mouvement de recul", a ajouté Chappatte, qui préside la fondation Freedom Cartoonists.
Cette fondation présentait lundi l'exposition "Dessins pour la liberté" sur les bords du Léman, en partenariat avec l’Association Cartooning for Peace, basée à Paris, et avec le parrainage du prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz.
"Les autocrates détestent le ridicule et la satire. Donc ils sont en première ligne, les dessinateurs de presse", souligne Chappatte, dont la fondation décerne depuis 2010 le "Prix Kofi Annan du courage en dessin humoristique".
Lundi, Freedom Cartoonists a annoncé récompenser deux lauréats: la Palestinienne Safaa Odah et l'Ougandais Jimmy "Spire" Ssentongo, qui tous deux "risquent leur vie" en faisant leur travail, selon Chappatte.
Depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée par l'attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël en octobre 2023, Safaa Odah dépeint dans le camp de Khan Younes (sud) le difficile quotidien des Gazaouis en utilisant tous les matériaux qu'elle peut se procurer - par exemple en dessinant sur la bâche en plastique qui sert de tente à sa famille - pour ensuite les publier sur les réseaux sociaux.
Jimmy "Spire" Ssentongo est docteur en philosophie et dessinateur de presse autodidacte, lauréat de nombreux prix. Après avoir collaboré avec le quotidien ougandais The Observer, il publie ses caricatures au vitriol sur son compte X et fait régulièrement l'objet de menaces.
"J'ai peur, humainement parlant, en sachant qu'on peut être arrêté à tout moment. Mais tout est une question de gestion de cette peur", a confié Jimmy "Spire" Ssentongo à l'AFP.
"Alors je continue (...) parce qu'une force intérieure me pousse à agir malgré la crainte", les menaces ou les suppliques des proches, a poursuivi le dessinateur de 47 ans.
"La démarche est toujours la même, c'est de mettre en lumière le courage, qui s'exprime à travers le dessin de presse dans des circonstances extrêmement difficiles", expose Chappatte, espérant que l'exposition internationale offerte par ce prix fera "réfléchir à deux fois" les détracteurs des lauréats avant d'agir.
V.Wendt--FFMTZ