Frankfurter Tageszeitung - Dans les Hauts-de-France, le défi de concilier quiétude des phoques et tourisme

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Dans les Hauts-de-France, le défi de concilier quiétude des phoques et tourisme
Dans les Hauts-de-France, le défi de concilier quiétude des phoques et tourisme / Photo: Francois LO PRESTI - AFP

Dans les Hauts-de-France, le défi de concilier quiétude des phoques et tourisme

Observer les phoques, mais pas de trop près: à la belle saison sur les côtes des Hauts-de-France, agents et bénévoles sensibilisent les touristes au besoin de tranquillité de ces mammifères marins, une attraction majeure dans certaines stations balnéaires de la région.

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A quelques centaines de mètres des serviettes de plage et parasols, des dizaines de phoques se prélassent dans la baie d'Authie, près de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais).

Devant une langue rocheuse séparée des animaux par un petit bras de mer, des agents du Parc naturel marin des estuaires picards et de la mer d'Opale patrouillent pour veiller à leur bien-être.

"Si le phoque lève la tête et nous regarde, on le dérange", explique à quelques touristes attentifs Sophie Lebrun, inspectrice de l'environnement au sein du parc naturel.

Elle distribue des marque-pages où sont découpées des oeillères: "Il faut tendre le bras, et si on ne voit pas le phoque à travers le trou, on est trop près".

Les phoques "vivent avec les marées", et "à marée haute, ils chassent, à marée basse, ils se reposent". Or, si l'un d'eux est dérangé à ce moment-là, "il va prendre peur et décider de repartir à l'eau", ce qui peut "perturber son cycle de repos", poursuit-elle.

- "Ilots de tranquillité" -

Au début de l'été, l'affluence touristique coïncide aussi avec la saison des naissances chez les phoques veaux-marins, et leur dérangement peut donc "engendrer une séparation mère-petit", souligne encore Mme Lebrun.

Les spécialistes préconisent donc de rester à 300 mètres à pied et à 100 mètres en bateau minimum, et d'utiliser des jumelles, longue-vues ou zooms pour les photos.

Un peu plus loin, dans la baie de Somme, des bénévoles de l'association Picardie Nature ont délimité avec des cônes et des panneaux plantés dans le sable un périmètre pour garantir la tranquillité des phoques.

Cette partie du littoral en abrite la colonie la plus importante de France: 400 à 700 phoques veaux-marins et jusqu'à 500 phoques gris, selon les estimations.

Les mesures pour éviter de les déranger se multiplient. Cet été, Fort-Mahon-Plage est ainsi devenue la première commune picarde à adopter des "îlots de tranquillité" pour eux.

Concrètement, dès lors qu'un phoque isolé est repéré, un périmètre est rapidement déployé afin de faciliter sa prise en charge, explique Chloé Druaux, chargée d'études sur les mammifères marins à Picardie Nature, qui espère que ce protocole puisse être élargi à d'autres communes.

Une charte de bonnes pratiques a aussi été signée par "100% des professionnels du tourisme" qui proposent des tours de bateaux près des phoques, selon Nicolas Jannic, chargé de mission au parc naturel marin.

"Il y a de plus en plus d'outils qui permettent aux professionnels de cadrer la manière dont ils travaillent", se félicite-t-il.

L'enjeu est de taille, car le tourisme estival augmente dans les Hauts-de-France. En 2025, près de 11 millions de nuitées estivales ont été enregistrées, soit 6,7% de plus qu'en 2024.

Le réchauffement climatique pourrait aussi attirer davantage de vacanciers dans cette région où les chaleurs estivales sont généralement moins étouffantes qu'ailleurs.

- "Désinformation" -

"On constate qu'il y a de plus en plus d'activités qui se développent autour des phoques", comme des sorties en baie, témoigne aussi Chloé Druaux.

D'après elle, se diffusent en parallèle "beaucoup d'informations et de désinformation sur les réseaux sociaux avec, malheureusement, des images qui sont prises trop proches, et sans aucun contexte" et qui peuvent donner envie à certains de s'approcher des phoques.

Cindy Potez, une touriste de 40 ans venue de Belgique avec ses enfants à Berck-sur-Mer, voit d'un bon oeil les mesures de sensibilisation, "normales" selon elle car "il faut respecter le territoire de chaque bête".

Les agents du parc naturel ont le pouvoir de verbaliser ceux qui dérangent les phoques. C'est "rare", mais cela peut arriver, notamment en cas de récidive, selon Mme Lebrun.

Les agents du parc et de Picardie Nature ont par ailleurs lancé une analyse de terrain pour mieux comprendre les différentes sources de dérangement des phoques, dont les premiers chiffres doivent être dévoilés dans les prochains mois, selon Chloé Druaux.

En parallèle sera scrutée l'ampleur de l'impact des grands chalutiers de pêche sur la tranquillité des mammifères, "avérée" mais difficile à mesurer, précise M. Jannic.

X.Busch--FFMTZ